MORIÈRE, Jules : Quelques réflexions à propos d'une expérience de plantation du blé en lignes.- Caen : Imprimerie Delos, 1856.- 11 p. ; 21 cm.
     Extrait du journal L'Ordre et la liberté du 1er mars 1856.
 
QUELQUES RÉFLEXIONS
A propos d'une expérience de plantation du blé en lignes
par
Jules Morière

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Depuis plusieurs années, la production du blé en France n'a pas répondu aux besoins de la consommation.

À quelles causes ce résultat doit-il être attribué ? Est-ce au mode de culture employé, - à l'envahissement de certaines plantes industrielles, - à l'établissement des voies ferrées, - ou enfin à des circonstances atmosphériques qu'il ne dépend pas de l'homme d'éviter ?

La première cause ne peut pas être raisonnablement invoquée : nous cultivons aussi bien et mieux que nos pères ; le rendement du sol a nécessairement augmenté avec les progrès agricoles, les instruments perfectionnés et la bonne administration des engrais.

La superficie un peu trop grande consacrée aux plantes industrielles dans quelques départements, ou plutôt dans quelques arrondissements, a bien enlevé au blé, dans ces localités restreintes, une portion de la terre qui lui était précédemment consacrée ; mais ce ne peut être et ce n'est là, en effet, qu'une cause très-accidentelle, très-limitée, et d'une faible portée pour l'ensemble d'un pays.

On ne pourrait en dire autant du réseau de voies ferrées qui maintenant couvre la France. Il existe actuellement environ 7,000 kilomètres de chemins de fer en exploitation ; et comme on admet que la surface de terrain occupée par les chemins de fer, y compris les stations et leurs dépendances, est, en moyenne, de 35 kilomètres carrés par mètre courant, il en résulte une absorption de 24,000 hectares, - soit seulement 20,000 hectares qui, cultivés en blé, auraient donné, à raison de 20 hectolitres par hectare, 400,000 hectolitres, c'est-à-dire la nourriture annuelle de 115,000 personnes !

En étudiant la part que l'agriculture a prise dans le trafic des chemins de fer, on voit que cette part est loin d'être en rapport, d'une part, avec l'importance de cette mamelle de l'Etat, et, de l'autre, avec les grands capitaux consacrés a ces voies. En effet, il résulte d'un remarquable travail de notre ami, M. Marchai, ingénieur des ponts et chaussées, sur l'Utilité des chemins de fer dans les transports agricoles, que, jusqu'en 1854, la part de l'agriculture a été seulement de 24 %. Or en remarquant que la production agricole est à la production totale comme 20 est à 35, ou comme 57 est à 100, on verra que 1'agriculture n'a pas la moitié de sa part dans les bienfaits de ces merveilleuses voies de communication.

On ne peut donc pas dire qu'il y ait eu, jusqu'à présent du moins, compensation entre la perte des terrains enlevés à la culture et les avantages des transports économiques.

Et, cependant, je dois me hâter d'objecter que les compagnies de chemins de fer s'efforcent de plus en plus d'attirer les transports agricoles ; mais il faudra encore un certain nombre d'année pour vaincre l'inertie des cultivateurs, si peu portés, en général, vers les innovations, et qui sont trop souvent les derniers à profiter de celles qui pourraient leur rendre les plus grands services.

Dans son excellent mémoire, M. Marchal a fait voir tout le parti que l'agriculture pourrait tirer des chemins de fer, notamment pour le transport des engrais et des amendements qui n'ont représenté, jusqu'à présent, que 7 p. % dans le trafic agricole total, tandis que la part des produits consommables enlevés au sol et transportés par ces artères dans les grandes villes, c'est-à-dire dans ces gouffres qui absorbent beaucoup pour ne rendre rien ou presque rien, a été de 93 p. %.

Quels que soient les avantages réservés à l'agriculture par les chemins de fer, il n'en est pas moins vrai que 20,000 hectares au moins sont perdus pour la culture.

Ne serait-ce pas ici le lieu de signaler à l'attention du gouvernement et des conseils départementaux la largeur exagérée et complètement inutile donnée à certaines routes sur lesquelles six voitures au moins pourraient passer de front. En réduisant ces routes, qui ont pour la plupart 20 mètres de largeur, à une largeur uniforme de 10 mètres, il y aurait encore un espace suffisant pour empêcher les accidents que peut occasionner la rencontre des voitures ; - l'entretien serait infiniment plus facile et moins onéreux pour l'Etat qui paie aujourd'hui une armée considérable de cantonniers ; - enfin on retrouverait ainsi une partie des terrains enlevés par les voies ferrées.

Bornons-nous à faire connaître l'économie qui serait ainsi réalisée dans le seul arrondissement de Caen.

Largeur actuelle des routes de l'arrondissement de Caen (1)

Route impériale, n°13 de Paris à Cherbourg, longueur : 20 kilomètres, 24 m. de la limite à Vimont, 23 m. de Vimont à Cagny, 20 m. de Cagny à Caen.
Route impériale, n°158, de Tours à Caen, 20 kil., 19 m.
Route impériale, n°162, d'Angers à Caen, 27 kil., 16 m.
Route impériale, n°175, de Caen à Granville, 25 kil., 20 m.
Route déple, n°3, de Rouen à Caen, 16 kil., 16 m.
Route déple, n°6, de Port-en-Bessin à Falaise, 9 kil, 13 m.
Route déple, n°7, de Caen à Courseulles, 23 kil., 10 m.
Route déple, n°8, de Caen à Aunay, 24 kil., 16m. jusqu'à Landes, 14 m. au-delà

En ramenant ces diverses routes à une largeur de 10 mètres, on retrouverait ainsi 109 hectares, soit 100 hectares seulement pour l'arrondissement de Caen. Cultivés en blé, ces 100 hectares, produisant en moyenne 22 hectolitres 1/2, donneraient 2,250 hectolitres ou la nourriture annuelle de 700 personnes.

Déjà l'administration des ponts-et-chaussées a senti l'inutilité d'un tel luxe dans la largeur des routes, puisque, depuis quelques années, elle a fait planter des arbres sur les berges, afin de pouvoir plus tard obtenir un certain produit de cette partie de la voie jusqu'alors complètement perdue

En Angleterre, où une population nombreuse est condensée sur un très-petit espace, on se montre beaucoup plus économe du sol que chez nous. Les routes de l'Angleterre n'ont que la largeur nécessaire à la circulation ; mais aussi elles sont dans un état parfait d'entretien.

Depuis quelques années, les circonstances atmosphériques ont été très-défavorables à la production des céréales et, en général, de toute espèce de récolte. Des épidémies désastreuses se sont manifester sur la plupart des plantes alimentaires et, quant au blé, en 1855, le rendement est venu détruire les espérances que le cultivateur avait conçues au moment de la récolte. Dans un grand nombre de communes de notre département, il ne faut pas moins de 80 à 100 gerbes au double hectolitre, tandis que, dans les bonnes années, la moyenne est seulement de 50 gerbes.

Le cultivateur ne peut pas modifier à son gré les conditions météorologiques et les rendre favorables à sa récolte ; mais il pourrait au moins, en adoptant un autre mode de semailles, réaliser une économie de blé considérable.

Presque généralement on sème le blé à la volée et on donne un coup de herse. Après le hersage, une portion du grain est placée trop profondément ou dans de mauvaises conditions pour germer ; une autre partie reste à la surface du sol et ne tarde pas à être dévorée par les oiseaux ; enfin, une très petite fraction se trouve dans les conditions favorables pour prospérer. Aussi faut-il employer une quantité considérable de semence : 2 à 300 litres par hectare. Il est bien rare, d'ailleurs, de posséder dans les fermes de bons semeurs, c'est-à-dire des hommes qui sachent lancer la poignée de manière à répartir uniformément les grains ; - presque toujours il y a trop ou pas assez. Dans le premier cas, les pieds se nuisent mutuellement, s'étiolent et ne donnent que des tiges molles cédant facilement à la verse ; dans le second cas, le blé est trop clair, il y a perte de terrain. Donc, avec le mode d'ensemencement à la volée, on perd une quantité considérable de semence, et les grains qui germent se trouvent rarement placés dans les conditions convenables pour donner de bonnes récoltes, - pour produire le maximum de rendement.

Déjà, vers la fin du dernier siècle, on avait tenté, en Angleterre, de semer du blé en lignes. En 1802 et 1803, à son retour de l'émigration, M. de La Rochefoucault essaya ce genre de semailles sur sa propriété de Liancourt. Les mémoires qu'il publia frappèrent le gouvernement et le monde savant agricole ; des expériences multipliées furent faites par Tessier sur diverses parties du parc de Rambouillet, d'après les instructions qu'il avait reçues du ministre. En 1835, la Société d'agriculture de Valenciennes couronnait, dans un concours spécial, des semailles en lignes et des plantations de blé. - En 1852, nous eûmes l'occasion, M. Manoury et moi, de visiter, chez M. le comte de Kergorlay, à Canisy, près Saint-Lo, des semailles de blé en lignes, faites avec beaucoup d'intelligence et de succès, au moyen du semoir anglais de Garrett (2), par les ouvriers ordinaires de la ferme. L'honorable et savant rapporteur du jury chargé d'apprécier les produits agricoles qui figuraient à l'Exposition universelle, ne se borne pas, comme on le voit, à donner d'excellents conseils aux agriculteurs ; il leur montre, dans son exploitation, les instruments les plus perfectionnés, les met à même d'apprécier les bonnes méthodes de culture, et leur distribue les meilleures variétés de céréales, de plantes racines et fourragères (3).

En 1854, l'Association normande, dans les séances du Congrès provincial à Avranches, entendit une communication très intéressante de M. Hersent, maître de poste à Pontorson, sur des résultats de semis de blé en lignes. Elle accorda une médaille à cet agriculteur intelligent pour la beauté des blés qu'il avait exposés, et, en même temps, pour encourager 1a propagation de son procédé de culture.

La méthode suivie par M. Hersent diffère peu de celle de M. Devred, couronnée, en 1835, par la Société de Valenciennes. Après avoir préparé le terrain comme pour un semis à la volée, on tend deux cordeaux à une distance de 25 à 30 centimètres pour guider les planteurs ; Ces cordeaux présentent, sur toute leur longueur, des noeuds également espacés (15 à 18 centimètres), et qui indiquent la position des poquets. Deux femmes ou deux enfants sont munis chacun d'un piquet, qui porte, à une hauteur de 4 à 5 centimètres au-dessus de la pointe, un rebord ou disque destiné à limiter la profondeur du trou et à empêcher la terre d'y retomber. Chaque femme a une petite provision de blé dans la poche de son tablier. Elles commencent le travail en partant chacune d'une extrémité du cordeau ; elles font des trous vis-à-vis de chaque noeud, y posent 3 ou 4 grains de blé qu'elles recouvrent de terre, et se rencontrent à peu près au milieu du champ. Passant alors au second cordeau, elles commencent à planter par le milieu de celui-ci, en se tournant le dos réciproquement, et arrivent ainsi simultanément chacune à une extrémité du champ. Arrivées là, elles relèvent le premier cordeau, le fixent à 25 centimètres du second, qu'elles relèvent à son tour pour le mettre également à 25 centimètres du premier. Elles recommencent alors à planter près du premier cordeau, en partant des extrémités du champ, au milieu duquel elles se rencontrent ; puis elles font volte-face pour planter le long du second cordeau, et ainsi de suite, de telle sorte que les deux cordeaux soient toujours relevés et replacés quand les femmes arrivent aux limites du champ. - M. Hersent a dressé à ce genre de travail des enfants qui le font trés-rapidement et dont la journée coûte moins cher que celle des femmes.

Semer le blé en lignes n'est donc pas chose nouvelle, mais c'est une méthode trop peu répandue. Jusqu'à présent, le prix élevé des semoirs mécaniques s'était opposé à leur emploi dans la plupart des fermes et l'on en rencontrait à peine quelques-uns dans les grandes exploitations ; - mais l'Exposition universelle nous en a fait connaître plusieurs d'un prix modéré et qu'il serait à désirer de voir adopter partout (4). Il y a là une question qui intéresse non seulement le cultivateur, mais encore le pays tout entier, puisqu'il s'agit de fournir à ses habitants le pain quotidien sans lequel ils ne peuvent exister.

Le moyen le plus efficace, selon nous, de répandre les meilleurs instruments applicables à nos terrains, à nos cultures et à nos industries agricoles, serait d'en faire fonctionner chaque année un certain nombre, au moment des concours, et de les donner ensuite comme prix aux lauréats. Ces expériences solennelles, devant l'élite des cultivateurs, produiraient d'excellents résultats, et on cesserait bientôt de ne trouver bons que les instruments dont on a l'habitude, et cela parce qu'on n'a pas le courage de rompre avec la routine, -et aussi quelquefois, il faut bien le dire, parce que le cultivateur ne possède pas toujours les notions de mécanique qui lui seraient nécessaires pour apprécier un bon instrument et pour apprendre aux ouvriers la manière dont il doit être dirigé. Pendant trop longtemps on s'est imaginé que la profession d'agriculteur ne demandait aucune instruction, tandis que cette honorable carrière est, au contraire, une de celles qui exigent les connaissances les plus variées.

En attendant que l'idée que nous venons d'émettre reçoive son application, nous ne croyons pouvoir mieux faire, pour engager les agriculteurs du Calvados à faire l'acquisition de semoirs mécaniques, que de porter à leur connaissance les résultats obtenus, en 1855, du semis en ligne et la main, - c'est-à-dire par un mode bien plus coûteux que le procédé mécanique, - par l'un des hommes qui ont le plus contribué aux progrès agricoles dans l'arrondissement de Bayeux.

M. de La Boire, propriétaire-exploitant à Castillon, a cultivé, en 1855, 4 hectares de blé en lignes. Voici en quoi consiste le système qu'il a suivi. Il a fait adapter à la monture de sa charrue un rayonneur, qui trace une ligne parfaitement régulière à côté de la raie ouverte par le soc. Un homme, qui marche dans cette raie, et qui, par conséquent, évite de fouler la terre remuée par la charrue, enfonce, dans la ligne tracée par le rayonneur, une espèce de rateau dans lequel le manche est remplacé par une poignée placée à l'opposé des douze chevilles en bois dont il est armé.

On obtient ainsi, chaque fois que l'instrument est enfoncé en terre, douze trous de 3 centimètres de diamètre sur 5 à 6 centimètres de profondeur.

Six femmes ou enfants, espacés dans cette même raie, ayant chacun son poste et obligés de suivre la charrue, sans fouler la terre récemment tournée, déposent dans chaque trou deux ou trois grains de blé ; puis le même instrument, qui sert de rayonneur et qui est pourvu à son extrémité d'une petite herse, en repassant avec la charrue pour faire une nouvelle ligne, rabat en même temps la terre sur les petits trous de la ligne précédente et couvre le blé qui vient d'être semé. Un homme soigneux distribue le blé aux semeurs, surveille leurs opérations et recouvre avec un rateau les parties qui auraient été oubliées par la herse.

En faisant mettre deux ou trois grains de blé dans chaque trou, on emploie, pour 1 hectare, de 30 à 40 litres de sentence au plus, ce qui est à peu près le dixième de la quantité nécessaire lorsqu'on sème à la volée.

Le blé se trouve placé à la profondeur la plus convenable pour la germination ; il n'y a rien de perdu, rien de sacrifié pour les oiseaux, et cependant le résultat est beaucoup plus beau qu'avec le procédé ordinaire. On ne trouve pas un seul épi médiocre ou défectueux.

Dans l'expérience de M. de La Boire, chaque grain a donné une moyenne de 15 à 20 tiges, quelques-uns jusqu'à 30 et 40, de telle sorte que le rendement, au lieu d'être de 6 à 8 pour 1, comme cela a lieu ordinairement dans le canton de Balleroy, a été de plus de cent pour un.

De plus, comme cette méthode exige deux bons sarclages au printemps, la terre est maintenue parfaitement propre, et sa force de végétation, ainsi que la puissance de l'engrais, sont uniquement appliqués à nourrir le blé, au lieu de se partager entre cette précieuse céréale et toutes les plantes parasites dont elle est ordinairement infestée. La tige de blé, nourrie, fortifiée par l'air ambiant, acquiert une rigidité qui la préserve complètement de la verse.

Examinons, seulement en ce qu'ils présentent de différent, les comptes de culture, dans la méthode suivie par M. de La Boire et dans le cas ordinaire de semis à la volée.

Un hectare de blé, semé à la volée, a coûté, cette année, dans la commune de Castillon :

3 hectolitres de semence à 40 fr. l'un. 120fr. " c.
2 jours 1/2 de charrue avec 3 chevaux, un
homme et un enfant à 10 fr. l'un.
  25
1 jour de herse avec deux chevaux et un
homme à 6 fr. ...
    6
151 fr. " c.

Un hectare semé en lignes, par grains isolés, a nécessité :

35 litres de semence à 40 c. l'un..... 144 fr. " c.
2 jours 1/2 de charrue avec 2 chevaux et
un homme (5) à 6 fr. l'un.....
  15
2 jours 1/2 de 6 femmes ou enfants à 3 fr.
60 c. l'un..........
    9
2jours 1/2 de 2 hommes, l'un pour suivre
la charrue en marquant les trous, l'autre
pour surveiller et compléter l'opération
à 1 fr. 25 c. l'un.......
    6   25
44 fr. 25 c.

Deux sarclages, qu'il est nécessaire de faire exécuter au printemps, lorsque le blé a été semé en lignes, ne doivent pas entrer dans le compte comparatif précédent ; or ces sarclages, en purgeant le sol de toutes les mauvaises herbes, profitent également aux récoltes subséquentes.

On voit donc qu'il y a un bénéfice de 106 fr. 75 c. tout à l'avantage du semis en lignes.

Dans les terres médiocres de Castillon, on récolte ordinairement de 300 à 350 gerbes à l'hectare, et en 1855, cette quantité de blé n'a rendu en moyenne que 12 à 13 hectolitres. Le blé semé en lignes a donné plus de 500 gerbes à l'hectare, qui ont produit 26 hectolitres, du poids de 81 kilog. l'hectolitre. Le blé semé à la volée dans des terrains contigus à la pièce en expérience, et qui passait pour le plus beau du pays, n'a rendu que 400 gerbes à l'hectare et 17 hectolitres seulement, à peu près du même poids que le précédent.

En résumé, dans ses expériences, M. de La Boire a fait une économie des 9/10 pour la semence, et le produit qu'il a obtenu a surpassé, au moins d'un tiers, celui qu'on a retiré des meilleurs blés semés à la volée. Aussi s'est-il décidé à semer en lignes toute sa sole de blé en 1855, c'est-à-dire plus de 40 hectares.

Nous faisons des voeux pour que le bon exemple donné par M. de La Boire trouve des imitateurs. En généralisant cette méthode d'ensemencement, on conserverait pour la consommation et pour l'alimentation publique plusieurs millions d'hectolitres de blé qui, dans l'état actuel de notre agriculture, sont jetés sur la terre en pure perte, et deviennent en grande partie la proie des oiseaux et des insectes. La récolte qu'on obtiendrait serait supérieure en quantité et en qualité à celle que donne le procédé ordinaire, en même temps qu'on aurait une bien plus grande facilité pour les sarclages. Il y a donc de grands avantages à semer en lignes, soit avec des instruments, soit à la main.

Que les agriculteurs du Calvados ne se renferment pas trop longtemps dans leur prudente réserve. Ils se montrèrent d'abord très-récalcitrants à l'adoption du piquage et de la culture à deux raies pour le colza. A les entendre, il était impossible de trouver assez de bras dans le département. Aujourd'hui, presque tout le colza est, piqué, l'opération se fait très-vite et les produits sont plus beaux. La culture du blé en lignes n'offrira pas plus de difficultés et donnera des résultats encore plus satisfaisants.

J. MORIÈRE,
Professeur d'agriculture du département.
(Extrait du journal l'Ordre et 1a Liberté, du 1er mars 1856)
 

Notes :
(1) Il s'agit ici de la circonscription désignée par les ponts-et-chaussées sous le nom d'arrondissement du centre.
(2) Le constructeur Garrett vient d'obtenir une médaille d'honneur à l'Exposition universelle pour ses divers instruments. Ses semoirs coûtent de 500 à 1,500 fr.
(3) M. Paul Paisant emploie depuis plusieurs années le semoir Hughes dans son exploitation de Mondeville près Caen.
(4) Parmi les semoirs que ne nous avons remarqués à l'Exposition universelle, nous nous bornerons à citer celui de M. Gustave Hamoir, qui se vend 200 fr., et le semoir de Moehl, qui ne coûte que 42 fr. Ce dernier est à la portée de tous les charrons de village.
(5) La différence du prix de charrue provient de ce que M. de La Boire emploie, dans le second cas, un cheval et un domestique de moins. Il se sert d'une charrue dont le versoir soulève une raie beaucoup moins large et exige moins de force de traction, afin de rapprocher les lignes de blé qui se trouvent ainsi à la même distance sur tous tes sens. Cette charrue, encore bien qu'elle prenne moins de raie, fait au moins autant d'ouvrage que celle à trois chevaux, parce qu'elle marche plus librement et tourne plus promptement à chaque bout de champ.


Saisie du texte : O. Bogros pour la collection électronique de la Bibliothèque Municipale de Lisieux (09.IX.2000)
Texte relu par : A. Guézou
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